Les robots vont-ils vraiment voler votre travail?

Certains d’entre vous auront sans doute lu l’article du magazine l’Actualité, paru en ligne le 21 septembre dernier : Les robots sont (presque) meilleurs que vous.

L’article énumérait quelques exemples où les emplois étaient pris en charge par l’intelligence artificielle : une assistante administrative virtuelle, des services de soutien psychologique de première ligne sur le Web, des robots-conseillers financiers ou des agents immobiliers automatisés.

 

Le début d’une hécatombe de l’emploi?

 

Les personnes les plus touchées par cette possible transformation seraient celles qui effectuent un travail manuel répétitif, le plus souvent des hommes, les jeunes de 15 à 24 ans qui occupent un premier emploi qui demande peu de compétences, ainsi que toute la population sur le marché du travail sans diplôme universitaire.

Jusqu’à 40 % des emplois seraient probablement concernés par une forme ou une autre d’automatisation d’ici une vingtaine d’années, ce qui toucherait 500 000 à 1 600 000 travailleurs au Québec. Des chiffres qui donnent le tournis.

Il s’agit là d’un portrait plutôt sombre de l’avenir de ces travailleurs vulnérables. Bien que l’article se conclut en parlant de l’expérience et de l’intuition humaine, je considère qu’il est incomplet et néglige des aspects fondamentaux, comme la démographie et la transformation des secteurs de l’emploi.

 

D’autres facteurs à considérer

 

Oui, certains métiers sont voués à disparaître. Personne ne possède de boule de cristal pour prédire l’avenir (si c’est le cas, appelez-moi sans plus tarder), mais il devrait effectivement y avoir une diminution relative de l’emploi, surtout de ceux qui demandent moins de qualifications.

Par contre, n’oublions pas la classe moyenne des pays émergents qui engendre une augmentation de la demande. Les gains de productivité de l’automatisation autorisent une augmentation de la production.

Il faut également considérer le phénomène du vieillissement de la population en Amérique du Nord et en Europe, qui entraîne une réduction du nombre de travailleurs actifs.

S’il est vrai que beaucoup de tâches peuvent être automatisées, les robots de l’avenir, à court ou à moyen terme, ne disposent pas de la capacité de travailler en équipe, d’interagir socialement, de gérer un imprévu ou encore d’innover.

Dans la plupart des cas, c’est donc davantage une transformation des métiers que leur disparition qui se produira. Selon le gouvernement français, « le contenu des métiers évolue avec le numérique dans un sens qui les rend paradoxalement moins automatisables ».

Parmi les emplois susceptibles d’être automatisés, la plupart vivront seulement une automatisation partielle. Dans ces cas-là, l’expérience semble démontrer que les emplois tendent même à devenir plus nombreux. Pensons à l’industrie automobile allemande, l’une des plus grosses au monde, qui emploie une centaine de milliers de travailleurs de plus aujourd’hui qu’il y a vingt ans.

 

Des compétences essentielles

 

L’automatisation est tout de même associée à d’importantes pertes d’emploi chez les travailleurs à faible revenu dont il était question un peu plus tôt. Ce sont souvent des métiers qui ne requièrent pas ou peu de compétences numériques, pourtant essentielles au futur de l’emploi.

L’éducation est donc la clé qui donnera accès au monde du travail. Ce n’est pas d’aujourd’hui que la formation est le meilleur moyen d’atteindre le marché du travail.  La différence que nous observons maintenant c’est que sans cet « outil », point de salut, car les emplois nécessitant peu ou pas de qualification seront tout simplement en voie d’extinction.  Les phases précédentes de l’industrialisation sont passées par le même chemin. Les fabricants de calèches sont devenus fabricants d’automobiles; les linotypistes, des graphistes; les opératrices de téléphone, des réceptionnistes et les bucherons, des opérateurs de machinerie lourde. Si au 20e siècle il est devenu indispensable de savoir lire et écrire pour travailler, au 21e siècle, les compétences numériques le seront tout autant.

Il est nécessaire et même urgent que les maisons d’enseignement se mettent au diapason des besoins des métiers de demain, pour offrir une formation adaptée à la fois aux futurs travailleurs et travailleuses, mais aussi à ceux et celles sur le marché du travail actuel qui souhaitent se mettre à jour et se perfectionner.

Une chose ne change pas : il y aura toujours du changement.

Le marché de l’emploi va évoluer en suivant la technologie. Cette réalité ne sera pas différente de ce qu’elle a été depuis des siècles… elle est seulement plus rapide et disruptive qu’auparavant.  En tant que société, nous devons mettre notre énergie dans la formation de citoyens ayant les capacités d’évoluer à travers les modifications que subira le monde de l’emploi.  Les sociétés pour qui ces changements seront profitables seront celles qui réussiront former le plus adéquatement leur main d’œuvre.

Nous ne pouvons demander aux institutions d’enseignement de former une personne pour le marché de l’emploi des quarante prochaines années, car nous n’avons aucune idée de ce à quoi il ressemblera.  Par contre, elles se doivent d’éduquer des personnes avec les aptitudes et les compétences nécessaires pour faire face à ces bouleversements, des personnes toujours à la recherche de nouvelles façons de faire, des personnes apprenantes.  C’est là que se dirigent les organisations de demain : des organisations apprenantes.

 

Sébastien Houle

Sébastien Houle, directeur général de Productique Québec

 

 

Sources :

Katie Allen, Technology has created more jobs than it has destroyed, says 140 years of data, The Guardian, 2015.
James Bessen, Why automation doesn’t mean a robot is going to take your job, World Economic Forum, 2016.
Julie Hary, Transition numérique : l’économie sans emplois, l’emploi sans salariés?, Le Mag numérique, 2015.
Nicolas Le Ru, L’effet de l’automatisation sur l’emploi : ce qu’on sait et ce qu’on ignore, France Stratégie, 2016.
Naël Shiab, Les robots sont (presque) meilleurs que vous, l’Actualité, 2016.

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